ANTOINE MESSARRA
 
   
   
   
   
     
   
 
     
 




La structure sociale du Parlement Libanais

 

Le Centre de Recherches de l'Institut des Sciences Sociales de l'Université Libanaise fait paraître un ouvrage de M. Antoine Messarra sur La structure sociale du Parlement libanais (1920-1976) (Beyrouth, Librairie Orientale, 1977, 382 p.)

L'auteur est connu pour ses recherches et ses écrits, dans la presse et dans des revues spécialisées, sur la vie politique au Liban. Il joint à une longue expérience, des compétence dans les problèmes de l'information et de la communication, puisqu'il dirige depuis plusieurs années deux publications spécialisées éditées par la Direction Générale de l'Enseignement Technique et Professionnel (Institut de Tourisme) et par le Centre de Recherche et de Développement Pédagogiques.

 

La première sociographie du Parlement libanais

L'étude, qui constitue la première sociographie du Parlement libanais et la première étude sociologique de l'élite parlementaire au Liban, englobe plus d'un demi siècle de représentation nationale, soit au total 425 parlementaires qui ont occupé 965 sièges de 1920 à 1976. L'introduction de l'ouvrage dresse le bilan de la recherche politique au Liban, définit l'objet et la méthode de la sociologie parlementaire et montre que « la démocratie libanaise reste à construire ».

L'auteur analyse deux sortes de variables. Les premières, à caractère collectif, concernent l'adhésion des parlementaires aux partis et aux alliances et les données résultant du régime légal, telles que la répartition numérique et confessionnelle des sièges. Les secondes variables, à caractère individuel, concernent les caractéristiques des parlementaires, notamment la profession, le niveau social, le sexe, la famille, l'âge et l'instruction. Ces deux sortes de variables, dont l'interdépendance est certaine, serviront à déterminer les caractéristiques de groupe des députés.

L'ouvrage montre longuement qu'il y a un renouvellement progressif de la représentation. L'auteur distingue toutefois entre une classe dominante et permanente, qui n'est pas renouvelée, et une classe mobile comprenant les députés, au nombre de 300 (70%) élus une ou deux fois et qui doivent leur accès à la Chambre à la faveur des zaims traditionnels. Il souligne que la permanence de ces leaders, leur ancienneté, leur habileté, leur donne une grande force face à l'inexpérience des nouveaux venus. L'auteur établit aussi une classification des alliances politiques et des parlementaires alliés aux partis et aux groupes parlementaires, expose les avantages de la représentation confessionnelle et les inconvénients de cette représentation quand elle aboutit à l'atomisation de la vie politique. Son étude de « L'éventail du recrutement professionnel » dévoile que le système politique a pris en considération jusqu'à présent certains « équilibres », dont l'équilibre personnel entre les leaders principaux, l'équilibre confessionnel entre les communautés et l'équilibre institutionnel au niveau des principaux détenteurs du pouvoir. D'autres équilibres, professionnels et économiques, sont par contre moins sauvegardés.

 

Trois générations de législateurs

Dans le chapitre intitulé « Vieillissement, ancienneté et rajeunissement », l'auteur montre que l'Assemblée de 1977, dont l'ancienneté des membres s'étend de 1925 à 1977, soit sur 52 ans, comprend trois générations de représentants. Il ressort notamment de l'étude que 21 députés sur les 99 de la 13 e législature ont accédé pour la première fois à la Chambre avant 1953.

Dégageant enfin le portrait du député libanais, il distingue trois types de parlementaires : le patricien, le financier et le partisan. Sa description de ces trois types est révélatrice du comportement des leaders politiques.

Dans la conclusion de son ouvrage, M. Antoine Messarra considère que la géographie électorale revêt un caractère déterminant pour la restructuration de l'opinion et pour la formation d'une élite non plus locale et confessionnelle, mais vraiment « nationale ». Il compte dans une recherche ultérieure, comme il l'annonce lui-même dans son ouvrage, « déterminer les conditions et les moyens d'une nouvelle structuration de l'opinion en vue de la formation d'une majorité politique au pays des minorités, cette majorité devant inclure une double majorité, et chrétienne et musulmane. La détermination des conditions de succès de pluralisme, ajoute-t-il, est également nécessaire, le sauvetage de la démocratie consociationnelle au Liban ne pouvant se réaliser par un simple passage d'une forme ancienne de pluralisme à une forme nouvelle de pluralisme. Les événements de 1975-1976 confirment en tout cas l'échec de la stratégie de la violence et la thèse de la dynamique non violence du changement politique au Liban. »

L'annexe de l'ouvrage comporte la liste complète des 425 parlementaires de 1920 à nos jours avec l'indication des législatures qu'ils ont occupées. Cette liste représente aujourd'hui la seule référence sur les parlementaires libanais.

L'ouvrage introduit de nouvelles méthodes de recherche en science politique au Liban et ouvre de larges perspectives pour l'analyse politique.

 

Il s'agit d'une sociographie du parlement libanais de 1920 à 1976 qui répond à la question : Qui sont les députés libanais ? Comment se renouvelle l'assemblée parlementaire ? Cette étude de sociologie parlementaire rompt avec les approches purement institutionnelles.

Revue française de science politique, 1977, p. 1178.

 
 
 

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