La revue des étudiants en DESS Information et Communication de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth (Liban), Promotion 2002

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JOURNALISME : Métier A Grands Risques
Sept morts en, à peine, une semaine en Afghanistan


Pierre Billaud

Cutuli avec des talibans

" Il y a ceux qui refusent que l'histoire se fasse sans témoin "

Plus de quatre vingt reporters sont morts cette année selon la "Fédération Internationale Des Journalistes" (vingt sept selon la CPJ) et 127 sont encore détenus.
Cela souligne les dangers inhérents à cette profession surtout après la mort de huit journalistes en, à peine, une semaine en Afghanistan.

La première victime de la guerre, c'est la vérité. Et, l'une des tâches les plus ardues que les médias rencontrent est de couvrir une guerre à cause du manque d'accès et du danger qui a coûté la vie à plusieurs journalistes. Comme au Liban, en Bosnie, en Tchéchénie, en Somalie, en Sierra Leone, la guerre dans le nord de l'Afghanistan ne se déroule pas selon des critères militaires classiques. Les guerres modernes sont des guerillas, des guerres de mouvements où les lignes de front ont disparu ; d'où la difficulté de couvrir les conflits dans de telles conditions. Le 11 novembre 2001, trois journalistes ont été tués en Afghanistan.
Deux français, Johanne Sutton, la correspondante de RFI (Radio France Internationale), et Pierre Billaud, le correspondant de RTL et le journaliste allemand Volker Hadloik du magazine Stern étaient les premiers reporters victimes depuis le début des frappes américaines sur l'Afghanistan le 7 octobre.
Ils ont été la cible d'une embuscade des talibans. Ceux-ci étaient partis vérifier si la ville de Talapan était bien tombée aux mains des opposants au régime de Kaboul.
Mais, est-ce que la vérification de l'info ou même la couverture d'un conflit ou aussi un reportage d'une minute-trente vaut-elle la mort d'un reporter ?
Ce genre de risques fait, malheureusement, partie du métier de correspondant de guerre. " Là-bas, il faut être au plus près de l'événement. Il n'y a pas de téléphone, ni d'Internet, il faut aller voir sur place pour vérifier ce qui se passe " insiste Olivier Danry, grand reporter à France Culture qui avait croisé les deux victimes françaises alors qu'il quittait la région.

Lundi 19 novembre, quatre autres victimes viennent s'ajouter à la première liste de journalistes tués en Afghanistan.
Les deux journalistes travaillant pour l'agence Reuters - le cameraman australien Harry Burton et le photographe afghan Azizullah Haidari - le reporter espagnol Julio Fuentes du quotidien El Mundo et sa con-sœur italienne Maria Cutuli du Corriere Della Sera ont été retrouvés morts sur la route entre Jalalabad et Kaboul.
Une semaine après, un reporter Suédois de TV4 - Ulf Stromberg - a été assassiné lors d'un cambriolage à Talapan. Cette fois, trois voleurs ont essayé de pénétrer dans la chambre où dormait " Ulf ". Ce dernier s'est levé et s'est dirigé vers la porte qu'il a violemment refermée quand il a vu les hommes armés. L'un d'entre eux a alors tiré en direction du journaliste qui est décédé quelques minutes plus tard.

Le nombre de journalistes tués jusqu'à maintenant est huit depuis le début de la campagne militaire américaine contre le régime taliban.
Egalement, plusieurs journalistes ont été détenus par les talibans : Yvonne Ridley, une journaliste italienne travaillant pour le Sunday Express a été arrêtée le 28 septembre puis libérée le 8 octobre.
Michel Peyard, un journaliste français travaillant à Paris-Match a aussi été arrêté avec deux journalistes pakistanais qui l'accompagnaient, et de même ils ont été relâchés après un certain temps.
Plusieurs autres journalistes ont été détenus en Afghanistan. Citons notamment parmi eux le journaliste canadien de l'hebdomadaire Montréalais The Mirror…

En effet, les journalistes ont commencé à devenir des " cibles stratégiques ". Mais que faire ? Soit, on se contente de l'info officielle, soit, on va vérifier sur le terrain.
Pierre Billaud -l'un des journalistes tués en Afghanistan- avait dit : " Il y a ceux qui refusent que l'histoire se fasse sans témoin ". Oui, mais à quel prix ?


Joyce ASSAF




©USJ, 2002