La revue des étudiants en DESS Information et Communication de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth (Liban), Promotion 2002

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Monot. Une Rue .Une ambiance.

La semaine, ruelle banale coincée entre Huvelin et Sodeco, Monot se transforme les samedis soirs en nymphe de la vie de nuit beyrouthine. Ambiance enchanteresse d'une rue qui, dans un mouvement d'harmonie inexplicable, embrasse toutes les contradictions.

Ça fait plus de 30 minutes que nous sommes bloqués dans la petite ruelle d'Achrafieh.
Et comme il ne sert à rien de rechigner, mieux vaut faire contre mauvaise fortune bon coeur, ouvrir la fenêtre et patienter, le temps d'arriver à trouver une place pour se garer dans l'un des parkings bondés de la rue Monnot. Pas facile, pour un samedi soir. Pas désagréable non plus. Il est parfois amusant de voir à quoi on ressemble quand, à l'entrée d'une boite, on attend impatiemment son tour pour rentrer. Quoique…
Cette fille aux cheveux oranges à la rasta qui se promène en soutien-gorge en paillette par cette nuit froide, je n'y ressemble pas tellement. D'ailleurs elle ne va sûrement pas veiller au même endroit que cette autre BCBG qui, perchée sur ses talons aiguilles, se cramponne au bras de son copain pour ne pas trébucher.

Les habitués de Monot ,ils sont nombreux !

Tiens, un ancien copain de fac…la fenêtre s'ouvre: "Hé! Qu'est ce que tu fais là?".
"La même chose que toi !" réplique l'autre jovialement. Lui, c'est un habitué. Ça fait deux ans, que tous les samedis, il fréquente le même pub. Question de principe, quoi! D'ailleurs avec son costume cravate, il a de grandes chances de finir en ratatouille dans un endroit comme cette boîte qui (comme son nom ne l'indique que trop) suggère un trou dans le mur, et devant laquelle s'impatiente un groupe de jeunes de 18/20 ans, cheveux sur les épaules et piercing au nez.
"Regarde ce môme qui déambule, cigarette coincée entre les lèvres, il a peine 14 ans!..."
" Tu ne devrais pas etre au lit ,toi ?"

Je n'ai même pas terminé ma refléxion que le conducteur qui précède ouvre sa fenêtre et lance cyniquement:"Tu ne devrais pas être au lit, toi?"
Lui et beaucoup d'autres d'ailleurs. La tranche d'adolescents qui fréquentent la rue Monot devient de moins en moins négligeable.
Ce qui d'ailleurs n'est pas pour plaire à tout le monde.
"Pour Liz, jeune femme de 24 ans " L'ambiance frise la juvenilité. Parfois j'en ai marre et je préfère continuer avec des copains autre part. "
Enfin, un parking avec places disponibles !
Comme les autres, on déambule dans les rues..
L'enfant fleuriste accourt vers un groupe de jeunes filles: Des fleurs de la part du monsieur dans la voiture noire, là au coin!"
Leurs rires fusent et coquettement, elles se retournent vers ce dernier et lui lancent un merci condescendant. Sans plus. Apparemment, elles n'ont que faire. C'est une soirée entre filles qu'elles projettent là! À la sortie de l'un des "nights", une jeune fille peine à soutenir son copain. Il a un malaise. Probablement, un des cas d'éxcès de consommation d'alcool.
Dans un autre contexte, on aurait dit: il est déjà minuit trente. À Monot, il n'est encore que minuit trente et la nuit ne fait que commencer avec ses surprises, la diversité de ses acteurs et son charme particulier.

Il n'est que minuit trente et la nuit ne fait que commencer !

Un copain essaie de nous trouver une place dans l'une des boîtes à la mode. " Désolé, Monsieur, mais impossible! Pas moyen pour une souris de s'y infiltrer."
Je me lance à mon tour dans la même aventure. Cinq minutes après, on était dedans écrasés les uns contre les autres.

Privilège de femme, quoi!
Quand a trois heures du matin, nous sommes sortis, les choses s'étaient considérablement calmées.
Le mec de 14 ans est probablement rentré se coucher. La dame du balcon aussi.
Monot retrouve peu à peu sa banalité. Cendrillon revêt ses haillons.
Lundi matin, les enflammés du Samedi soir retourneront à Monot, leurs livres en main. Ils passeront indifféremment devant ces boîtes qu'ils courtisaient tant il y a quelques heures pour se diriger hâtivement vers ces petits coins -librairies.
" Yalla! Vite Stp! J'ai besoin de ces photocopies! Le cours commence dans 20 minutes… ".



Sanaa Azzi



©USJ, 2002