La revue des étudiants en DESS Information et Communication de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth (Liban), Promotion 2002

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La Liberté de Presse au Liban

La Liberté De Presse Au Liban :

Une Bonne Plaisanterie!

Les Statistiques sur les atteintes à la liberté de presse au Liban d’après Taêf font état d’aucun journaliste tué. Pour autant ce qui se déroule sur la scène libanaise se passe de tout commentaire… des dizaines de journalistes interpellés, d’autres agressés ou menacés et les médias victimes de la censure… enquête

Pour vivre et durer, le Liban plaide pour la liberté. “Tout chez son peuple, se fond sur cette liberté et son avenir dépend d’elle”…

“Liberté dans la foi, liberté dans l’entreprise, et le Liban se détruira dans la mesure où il attentera à ses libertés”[1].

 

Poussés par l’amour de la liberté, surtout par la volonté de la concrétiser, les Libanais furent les premiers du Proche-Orient à vivre à fond l’expérience journalistique… comme dans tous les pays, ou Presque, l’histoire de la presse au Liban se confond avec celle de la liberté, et à un certain degré avec l’histoire des libanais Durant les cents dernières années.

La conception classique de la presse a été toute entière dominée par la querelle de la liberté et du pouvoir. L’histoire de la presse est communément présentée comme la conquête d’une liberté.

Qui peut aujourd’hui nier le long chemin de croix parcouru par la liberté de presse au Liban ? N’est-ce pas parmi les journalistes que l’on dénombre un grand nombre de détenus et de martyrs ?

 

Certes, le Liban jouit d’une liberté d’expression unique au Moyen-Orient. Pourtant, le statut des journalistes reste sujet aux affrontements légaux de la part des politiciens, l’intimidation et l’autocensure qui, tous les trois, créent une atmosphère instable qui rompe le flot libre de l’information.

 

En fait, plusieurs étapes ont marqué la liberté de la presse au Liban depuis l’époque des ottomans jusqu’à nos jours là. Mais, la presse a été atteinte le plus pendant la période de guerre. Plusieurs journalistes ont été assassinés : Salim El-Lawzi, Riad Taha, Kamel Mroué…et plusieurs autres ont été torturés, emprisonnés et menacés…

La guerre s’est terminée, mais la souffrance des journalistes continue toujours. Plusieurs sujets tabous existent toujours comme la Syrie, sa politique intérieure et extérieure et les dirigeants arabes des pays de la région. Et, là, l’autocensure joue un rôle très important.

Qu’est-ce qui se passe sur le terrain journalistique au Liban après la guerre ?

En effet, la liberté d’expression et la liberté d’information est garantie par la Constitution libanaise, qui, par son alinéa B prévoit que “le Liban est membre fondateur et actif de l’ONU, engagé par ses pactes et par la déclaration universelle des droits de l’homme”… Par suite, “Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce sans considération de frontière sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique ou par tout autre moyen que ce soit”. Art. 19 – Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

La Constitution libanaise fait une autre référence explicite dans l’Art. 13 qui prévoit que : “La liberté d’exprimer sa pensée par la parole ou par la plume, la liberté de la presse, la liberté des réunions, et la liberté d’association sont garanties dans les limites fixées par la loi”. Et, c’est peut-être là qu’on voit la première atténuation sur les libertés.

Quelle est cette loi qui limite la liberté et que prévoit-elle ?

 

1. La loi sur les imprimés

C’est en fait la loi sur les imprimés d 14/9/1962. Et là il faut noter que les lois qui régissent le statut des journalistes au Liban sont très proches de celles qui règnent sur la presse en France. Ci-dessous, quelques articles tirés du décret loi 104 sur la loi des imprimés au Liban:

 

Les interdictions de publier:

(décret-loi 104 du 30 juin 1977 sur les imprimés).

Si des informations erronées ou mensongères sont publiées dans la presse, celle-ci est obligée de publier un droit de réponse à la même place où l’article a été placé (Art. 2). Les sanctions varient entre 6-18 mois de prison avec une amende de 10-30 millions de livres libanaises.

Le fait de commenter une information vraie en critiquant avec des remarques n’est pas considéré comme une information erronée d’autant plus que cette attitude est inhérente au travail du journaliste.

Les responsables de toute publication qui porte atteinte à la paix civile sont d’ailleurs condamnés à une peine de prison de 6 mois à un an et demi et d’une amende (Art. 3).

Il est interdit de publier selon l’article 12:

-         Les faits des enquêtes criminelles et délictuelles avant de les annoncer lors de l’audience publique, les instructions secrètes et celles qui se rapportent au divorce, résiliations de mariage, séparation de corps, parenté filiale et les décisions secrètes de Conseil des Ministres ou du parlement et ses commissions

-         Les faits des enquêtes de l’Inspection Centrale et l’Inspection Judiciaire

-         Les documents et les lettres appartenant à une des administrations publiques et qui revête un caractère secret.

-         Les rapports, lettres, articles, photo, publications et les informations qui portent atteinte à la morale et mœurs publiques.

Toutes les informations ci-dessus sont sanctionnées d’une peine de prison de 3 mois à 1 an et d’une amende.

 

Il est interdit aux publications non-politiques de publier des articles, commentaires, nouvelles à caractère politique. Toute infraction à cet article expose son auteur à une amende d’un million à 2 millions de L.L.

 

La diffamation, l’injure et l’outrage:

Art. -17 -Tout ce qui n’a pas été mentionné dans ce décret-loi concernant la diffamation, l’injure et l’outrage est soumis aux disposition du droit pénal général. La sanction de la diffamation commise à travers les publications est l’emprisonnement de trois mois à 1 an avec une amende de 6-10 millions L.L. Idem pour l’injure mais avec emprisonnement de 1 mois à 6 mois.

L’injure et la diffamation sont considérées comme particulièrement grave si elles ont pour objet les ministres, membres du parlement, les fonctionnaires et les groupes de personnes en raison de leur origine, de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion.

« Si une publication est atteinte à l’honneur du président de la république ou à celui d’un chef d’état étranger, l’instruction publique est directement entamée sans plainte reçue de la victime ». La sanction est à alors une peine de prison s’étendant de deux mois à deux ans de prison (Art.-23).

La protection de la vie privée:

La loi en France punit l’écoute, l’enregistrement, et la transmission, aux moyens d’appareils quelconques, des paroles ou des images d’une personne se trouvant dans un lieu privé. Il est interdit de photographier une personne sans obtenir son accord. Il est aussi interdit de reproduire l’image du crime ou du délit, la presse restant libre à publier le portrait de la victime avant l’attenant, du délinquant ou des témoins, les armes et le lieu du crime et non pas le corps de la victime assassinée (loi du 17 juillet 1970 du code pénal français).

 

Le droit de réponses et de rectification :

Si un des journaux publie des articles faux ou mensongers relatifs aux affaires publiques le ministre de l’information peut demander la publication d’un démenti qu’il envoie lui-même au directeur responsable. Ce dernier est obligé, sous peine de sanction de le publier gratuitement le jour suivant celui de sa réception et à la même page et emplacement de l’article incriminé (Art.-4). Le droit de rectification est un droit du pouvoir public pour corriger les informations fausses ou mensongères, alors que droit de réponse est le droit de chaque personne à qui on a fait allusion dans une publication de presse de donner son avis de l’article écrit à son sujet dans la même publication.

 

Qui est responsable envers la justice ?

Les sanctions des infractions commises à travers les publications de presse tombent sur le directeur responsable et l’auteur de l’article en tant que responsables principaux. Les dispositions du code pénal général relatives à la complicité ou l’intervention criminelle s’appliquent dans ces cas. Le propriétaire de la publication est responsable civilement et solidairement des droits personnels et des frais de l’instruction sans être responsable pénalement sauf si son intervention effective dans l’infraction commise est prouvée (Art. –26).

La Cour d’appel est compétente dans tous les procès relatifs aux infractions des publications et ses arrêts sont soumis au pourvoi en cassation (Art. –28).

La détention préventive est interdite dans toutes les infractions concernant les publications.

 

2. La loi sur l’audio-visuel:

Comme la presse écrite, la radio et la télévision sont soumises à plusieurs lois comme le décret 7997 (1996) qui interdit la diffusion de nouvelles qui « enflamment ou incitent le chauvinisme sectaire ou religieux» ou contiennent « diffamation, dépréciation ou disgrâce ». La loi de l’audiovisuel (1994) nantit le ministre de l’Information du pouvoir de fermer toute télévision ou radio qui enfreint ces règlements. La loi à été créée pour la régulation des fréquences des stations audiovisuelles, pour réduire les tensions politiques et religieuses en les forçant de faire fusion en un nombre de chaînes pluralistes.

Cependant, le Liban possède une longue histoire de liberté de presse, d’expression et d’opinion; bien qu’il y ait plusieurs essais de restreindre ces libertés surtout dans le Liban de l’après Taëf. La presse Libanaise est normalement indépendante mais son contenu reflète les opinions des supporters financiers. Il est alors naturel de dire: «Il n’y a pas de liberté de presse au Liban mais il existe des journalistes libres».


La censure fait des ravages au Liban :

Encore plus, pour contrôler la liberté d’expression et par suite la liberté de presse, le gouvernement dispose de plusieurs outils… la sûreté générale a le rôle d’approuver l’entrée des magazines étrangers aussi bien que les œuvres non périodiques, livres, pièces de théâtre et films avant qu’ils ne soient distribués sur le marché. De même, le département de la Sécurité Publique au Ministère de l’Intérieur est capable de censurer toutes les productions cinématographiques, surtout celles qui se rapportent directement ou indirectement à l’Etat d’Israël sans différencier entre les thèmes Juifs et les films sur Israël. Un exemple de la censure de deux scènes du film américain « Independence Day”, pour avoir montré des personages juifs, peut être donné dans ce cas.

 

Malgré toutes les infamies de la guerre civile, la liberté d’expression et notamment la liberté de presse n’ont jamais connu un tel degré de répression au Liban. La censure fait des ravages…

21 décembre 1998, l’International Herald Tribune a été censure parce qu’il avait publié deux articles, l’un sur un film controversé portant sur la guerre civile qui a noyé le Liban pendant 15 ans, montrant explicitement les différents sectaires et l’autre sur une analyse faite par le correspondant de ABC, John K. Cooley, sur les perspectives de la paix entre la Syrie et Israël et les quelques points en suspens dans les négociations. Sa critique franche n’a pas été appréciée par les détenteurs de pouvoir au Liban[2].

15 juin 2000 : plusieurs journaux et périodiques étrangers ont été saisis et interdits : “Le Monde”, “Libération”, “Financial Times”, “Herald Tribune”, aussi les dernières éditions de “Newsweek”, “Times” et “The Economist” et de nouveau “Libération” dans son édition du 17 juin 2000…de même, le numéro 502 (du 15 juin 2000) de “Courrier International” a été distribué avec 5 jours de retard. Les pages relatives au Moyen-Orient ont été tout simplement déchirées ! Quant au numéro 503 (du 22 juin 2000), il n’a pas été distribué.

La raison de cet acharnement ? Un sujet au-dessus de tout soupçon: La Syrie. La désignation de Bachar El-Assad comme successeur incontournable de son père, le retard économique de la Syrie ou des analyses sur le gouvernement de Hafez El-Assad et la mainmise des autorités syriennes sur le Liban : autant de sujets désormais inadorables.

Le 29 juin 2000, l’Express fait, à nouveau, l’objet d’une censure. Un article, paru dans cette édition, mentionnait la censure de l’ouvrage de Joseph Khoury, Le désordre libanais, jugé hostile au “parrain syrien”. Depuis sa sortie, ce livre n’est pas disponibles dans les librairies du pays, bien qu’il n’y ait aucune interdiction officielle. Suite à cette vague d’interdiction, la Direction de la Sûreté a tenu à clarifier la situation, en publiant un communiqué dans le quotidien An-Nahar. Celui-ci stipule que la distribution de la presse étrangère sur le territoire libanais reste tributaire de l’avis de la Direction de la Sûreté qui, après consultation des publications, “empêche la diffamation et l’offense au chef de l’Etat libanais, ainsi que ceux des pays amis, la dévalorisation des religions, la mise en danger de la sécurité intérieure et de l’intégrité territoriale, et la propagande en faveur de l’ennemi israélien”.

 

“Toute censure est un aveu : on ne ferme que la bouche qui dit la vérité”. Pierre Gripari


Tous les articles du dossier du numéro 502 censuré

du Courrier International

        Bachar El-Assad va romper avec le nationalisme arabe Le président Hafez El-Assad a tout fait pour que son règne se poursuive au-delà de sa mort. Pourtant, son fils pourrait bien tourner la page – et conclure un accord avec Israël.

        Le successeur d’Hafez devra d’abord consolider son pouvoir.

        Pas de larmes pour Assad[3] ! Tout le monde arabe pleure la disparition du président syrien. Tout le monde ? Non ! un village libanais peuplé d’irréductibles montagnards, qui tranche au milieu de ce flou…

Une sélection des articles du dossier du numéro 503 interdit

du Courrier International

        Premier limogeages de l’ère Bachar Les vieux caciques au pouvoir en Syrie pourraient perdre leurs postes. Ce qui ne signifie pas une libéralisation du régime.

        Un people qui mange, qui travaille, qui procrée La Syrie n’est pas seulement “le cœur de l’arabisme”. C’est un pays de 17 millions d’habitants avec leurs difficultés quotidiennes.

        Anatomie d’un pouvoir vieux de trente ans Le régime d’Hafez El-Assad reposait sur trois forces interdépendantes : les officier alaouites, le parti Baas, ainsi que les paysans et les commerçants Sunnites.

        Trois scénarios après un enterrement Pour l’éditorialiste William Safire, le décès du président Assad ne peut que relancer le processus de paix. Reste la situation intérieure de la Syrie, toujours imprévisible.

        Tout ce que les censeurs détestent…•Assad, ô miracle du temps• L’éternel casse-tête libanais • Pour en finir avec le parti Baas.


L’INFORMATION CONFISQUEE

 

Au seuil du XXIe siècle, pratiquement tous les pays du monde, même les plus autoritaires, affectent de reconnaître le droit de leurs citoyens à la liberté d’expression et à la liberté d’information. Mais beaucoup d’entre eux assignent ouvertement à ces libertés une finalité qui, souvent, les réduit à néant, et fait courir les plus grands dangers à ceux qui prétendent les exercer. Prenez Vladimir Poutine, par exemple. Depuis son élection à la présidence de la Fédération de Russie, Il a maintes fois rassuré publiquement les journalistes sur sa volonté de respecter leur indépendance. Mais il explique dans le même soufflé que l’information doit “servir les intérêts nationaux du pays”. Bien sûr, c’est lui et son gouvernement qui savent ce que sont ces intérêts nationaux et ce qui les sert. Et ils ont naturellement le devoir de réprimer ce qui les dessert. D’où le glissement vers l’autoritarisme en matière d’information auquel on a assisté à Moscou.

M. Poutine n’est finalement pas très éloigné de la conception de la liberté de la presse qui prévaut toujours à Cuba où la loi garantit la liberté d’expression et la liberté d’information mais précise immédiatement que leur usage doit être “conforme aux objectifs de la société socialiste”. En vertu de quoi l’on pourchasse les agences de presse indépendantes dont l’information n’est apparemment pas conforme à ces objectifs. Pour les dirigeants chinois, il est toujours évident que les journalistes sont, selon l’expression consacrée, “au service du peuple”, tout comme l’est évidemment le parti communiste. Cela signifie que le seul rôle de la presse est d’informer le public sur les décisions et les réalisations du parti. Pas étonnant qu’avec cette conception de l’information, la Chine reste dans le peloton de tête des pays qui emprisonnent le plus de journalistes !

Ces trois exemples, à la limite de la caricature, ont le mérite de montrer le danger que court la liberté de la presse chaque fois que l’on assigne à l’information une autre finalité que de contribuer à la transparence de la vie publique en portant les faits à la connaissance du public de la façon la plus exacte et la plus équilibrée possible. Le plus souvent, la dénaturation de cette fonction procède du désir cynique de faire de l’information l’instrument exclusif du pouvoir politique.

Le Liban n’en est pas loin. La loi garantit la liberté de presse, mais aucune publication doit porter “atteinte à la paix civile”. Et, l’Etat est allé même plus loin. Elle a inventé un mot passe-partout qui permet toute violation de la liberté de la parole : c’est celui de “collaborateur avec Israël”. Dès qu’un individu manifeste un peu haut sa mécontente surtout vis à vis de la politique syrienne au Liban, on en fait un collaborateur. Et vis à vis d’un “collaborateur”, tout est permis, ou plutôt l’Etat se permet tout.

S’il est désormais indispensable, pour faire partie du Concert des nations, d’inscrire la liberté d’expression et la liberté d’information dans sa Constitution ou Législation, il est malheureusement trop répandu d’en annuler la portée par une accumulation de conditions et de restrictions tout aussi légales.

On connaît depuis longtemps l’usage abusif que beaucoup de gouvernements font de la nécessaire législation sur la diffamation ou l’atteinte à la dignité des personnes. Rapporter qu’un ministre a touché un pot-de-vin, c’est évidemment le diffamer. Exposer les liens d’un chef de police avec des trafiquants de drogue, c’est évidemment porter atteinte à son honneur. Enquêter sur le détournement de fonds publics par le chef de l’Etat, c’est évidemment attenter à la dignité de sa fonction. Une bonne partie de condamnations de journalistes procèdent de tels détournements de la législation.

Voici quelques exemples sur le procès de presse entre 1996 et 2000 au Liban

 

        2/4/96 : Le Droit Public contre Nida’ Al-Watan (Elias Chahine, Henri Sfeir) pour outrage. Eléments de crime non valables.

        4/9/97 : Chahé Barsoumian, ministre du pétrole contre Al-Nahar (Joseph Nasr) pour diffamation, outrage et injure. Jugé pour outrage seulement.

        11/5/98 : Mouhib Itani, ingénieur, contre le journaliste Elias Chahine (Nida’ Al-Watan) pour outrage, diffamation et injure. Le journaliste a été culpabilisé.

        24/9/98 : Youssef Makki contre Jamil Mroué (Daily Star) pour publication d’informations fausses. Pas de jugement encore.

        22/5/99 : Elias Hobeika, député, contre son ex-garde du corps Robert Hatem « Cobra » pour avoir publié son livre « D’Israël à Damas ».

        29/7/99 : Le Ministère de l’Information contre Jamil Mroué (The Lebanon Report) pour avoir publié des extraits du livre « D’Israël à Damas ». Pas de jugement encore.

        1/2/2000 : Saïd Harb contre Magazine (Paul Khalifé, Nada Akiki, Charles Abou Adal). Pas de jugement encore.

        Jamil Chammas, député, contre Al-Charq pour injure, outrage et diffamation. Pas d’injure et d’outrage.

        5/1/2000 : Le Droit Public et Scarlet Haddad contre Robert Hatem.

        26/2/2000 : Elias Hobeika, député, contre Robert Hatem (Cobra) et AL-Jazira pour diffamation et injure.

        28/8/2000 : Ali Saadeddine Farhat contre Abir Jaber, journaliste, et Faysal Salman (Al-Safir) pour diffamation et injure et troubler la paix publique.

        8/12/2000 : La Sûreté Générale poursuit An-Nahar pour avoir publié un article jugé diffamatoire par les institutions publiques.

 

 

UN SOMMAIRE DES ATTAQUES CONTRE

LA PRESSE LIBANAISE

 

        Joseph Najm, un reporter de Nahar-Al-Chabab, le supplément hebdomadaire du quotidien Al-Nahar, a été détenu trois jours en prison en mars 1996 parce qu’il avait écrit un article sur l’anniversaire de l’invasion israélienne au Liban en 1982 appelant au retrait de toutes les forces étrangères du territoire libanais. Ce fut le cas d’un prisonnier de conscience.

        En juin 1996, trois journalistes ont été jugés par le Tribunal des imprimés. Youssef Al-Howayek, directeur responsable du quotidien
Al-Diyar a été condamné à 3 mois de prison pour diffamation contre un membre du parlement. Le propriétaire du journal et le directeur responsable ont été condamnés pour un mois de prison pour acte de diffamation contre le président de la république Elias Hraoui. Les peines de prison ont, plus tard, commués en amendes[4].

        Pierre Atallah, a été le sujet des graves développements de la liberté de la presse au Liban en 1996. Accusé d’avoir distribué des publications qui portent atteinte à la paix entre les différents secteurs de la patrie, avoir troublé les relations du Liban avec un état voisin, avoir atteint à l’honneur de la réputation de l’armée libanaise, avoir montré du mépris pour les autorités judiciaires et les agents de sécurité, il a aussi été accusé de nouer des relations avec le président des « Gardiens des Cèdres », Etienne Sakr - ce dernier condamné à mort pour avoir travaillé secrètement pour le compte d’Israël -. Trop d’accusations pour un journaliste qui n’a pas été le seul responsable des faits marqués comme outrageux. Atallah a été arrêté sans justification à sa maison à Beyrouth pendant une vague d'arrestations contre l'opposition chrétiennes après un attentat qui a visé un mini-bus syrien au nord de Beyrouth le 18 déc.1996. Il a été tenu au secret dans le Ministère de Défense pour sept jours jusqu'à que son cas a été transféré devant une cour militaire. Devant le tribunal les questions étaient concentrées sur une série d'articles que Atallah avait écrit pour Al-Nahar. Ceux-ci ont inclus deux articles qui ont contenu des entrevues avec un chef de milice chrétienne précédente Etienne Sakr. Un troisième article a rapporté sur un incident en octobre 1996 quand l'armée libanaise a harcelé un rassemblement de Chrétiens et les a prévenus d'entrer une église à Beyrouth.

Atallah commence son travail de correspondant en 1993 au quotidien Al-Nahar[5]. Il couvre alors toutes les activités politiques, économiques et celles qui ont rapport avec les jeunes. Après son interrogatoire au tribunal militaire de Beyrouth, Pierre Atallah fut obligé de quitter le Liban après avoir reçu des menaces, il s’est réfugié en France où il a révélé son histoire[6].

        Le propriétaire du quotidien Al-Diyar, Charles Ayoub, et le directeur responsable Youssef Houwayek ont été accusés de diffamation selon le décret-loi 104 (1997) à l’encontre du Président de la République de l’époque M. Elias Hrawi. M. Ayoub avait publié un article intitulé « Le Domaine de la Troïka », où il avait mentionné que « les violations de la Constitution sont devenues des pratiques gouvernementale normales » et « sont tolérées par le Président Hrawi ». Le propriétaire et le directeur responsable ont été sanctionnés en 1998 à deux ans de prison et des amendes allant de 50 millions (US $ 33,000) à 100 millions L.L.
(US $ 66,000)

        Le caricaturiste du quotidien Al-Diyar, Elie Saliba a été accusé de diffamation selon le décret-loi 104 pour une caricature qui a paru le 30 septembre 1997. Le dessin contesta la liberté de la cour judiciaire au Liban et M. Saliba fut condamné à deux ans de prison avec une amende de 100 millions L.L.

        Le quotidien arabophone, Kifah Al Arabi, a encore subi les contraintes du système légal. Le rédacteur-en-chef, Walid Husseini, a été déclaré coupable par la cour d’appel pour avoir « insulté » le Roi Fahed d’Arabie Séoudite dans son éditorial qui avait critiqué la monarchie. Il y aura d’autres diffamations du même quotidien, actuellement en suspens selon le Comité de Protection de Journalistes (CPJ) pour avoir critiqué le Premier Ministre Rafic Hariri et ses relations avec l’Arabie Séoudite[7].

        Le 11 Février 1999, Mahmoud Jalloul, cameraman de la télévision officielle Télé Liban, est enlevé dans la banlieue sud de Beyrouth. Les services de sécurité libanais ont reconnu détenir le journaliste, accusé de « collaboration avec Israel ». Cinq jours plus tard, la presse libanaise annonce que M. Jalloul a signé des “aveux” et qu’il sera jugé par un tribunal militaire à huit clos. Le 10 aout, le journaliste est libéré, après six mois d’incarnation, sans qu’aucune charge ait été retenue contre lui. Il reprend son travail à Télé Liban. Dans ses déclarations il confirme avoir été torturé lors de son séjour dans la prison du ministère de la défense.

        En Août 1999, le président de l’Ordre des journalistes, Melhem Karam, a été inculpé de diffamation pour avoir publié dans Al-Hawadeth et dans La Revue Du Liban des extraits du livre « D’Israël à Damas » écrit part Robert Hatem, garde de corps de l’ex-ministre et ex-député Elie Hobeika. Le livre est une biographie non-autorisée contenant des allégations sordides concernant les tortures et les assassinats qu’a commis M. Hobeika et ses exploits de flirteur réputé. Les procureurs de l’Etat ont aussi inculpé Paul Salem, propriétaire du mensuel Lebanon Report pour avoir publié un extrait du même livre. Bien que l’affaire soit restée en suspens durant une année entière, les autorités étaient peu disposées à les poursuivre parce qu’elles étaient embarassées des protestations de la part des journalistes locaux.

        En Août 1999, le Conseil Nationel de l’Audio-Visuel (CNA) a menacé de suspendre les émissions de la chaîne télévisée « Lebanese Broadcasting Corporation International »  (LBCI) pour avoir diffusé une interview avec le ministre israélien des affaires étrangères David Levy lors d’un entretien dirigé par un reporter de LBCI en Jordanie. Le gouvernement libanais renonce à poursuivre son accusation mais LBCI promet d’entreprendre des mesures disciplinaires contre son bureau de Amman[8].

        Dans la nuit de 2 Août 1999, Paul Khalifé, journaliste du quotidien francophone l’Orient-Le Jour et correspondant de la radio française RFI, est agressé par des inconnus qui l’attendaient devant son appartement. Frappé à la tête, le journaliste a perdu connaissance et a dû cesser de travailler pendant dix jours.

        Le 11 octobre 1999, une quinzaine de journalistes, principalement des photographes d’agences de presse et des équipes de télévision, sont violemment pris à partie par les forces de sécurité, alors qu’ils accompagnent des militants de l’organisation écologiste Greenpeace, venus protester dans une usine d’engrais au Nord du Liban. Leur matériel est endommagé, les fils confisqués et les journalistes interpellés pendant cinq heures.

        21 février 2000, Youssef Bazzi, journaliste du quotidien Al Mustaqbal est détenu pendant quatre heures suite à une plainte pour diffamation du ministre de la Défense, Ghazi Zeiter. Ce dernier lui reproche la publication d’un article sarcastique critiquant l’absence du ministre du Liban, début janvier, lors des affrontements entre l’armée et des rebelles fondamentalistes Sunnites. D’après les autorités, ce journaliste a fait l’objet d’une arrestation “à titre préventif”.

        Le 17 mars 2000, plusieurs journalistes reçoivent des coups de matraque, dont les photographes Ramzi Haïdar de l’Agence France Presse et Hassan Mounla d’Associated Press, alors qu’ils couvrent l’intervention d’une brigade anti-émeutes contre des manifestants qui protestent contre l’expulsion vers le Japon de quatre membres de l’Armée Rouge japonaise. Les forces de l’ordre confisquent leurs pellicules.

        Samir Kassir, éditorialiste du quotidien Al Nahar, s'est vu confisqué, le 28 mars 2001, son passeport par des officiers de la Sûreté générale alors qu'il revenait d'Amman où il avait assisté au sommet arabe. Selon le journaliste, ces derniers ont déclaré que c'était "pour vérifier les conditions d'obtention du passeport". Le journaliste avait signé, le 16 mars 2001, un éditorial dans lequel il avait critiqué les récentes démonstrations de force de l'armée et des services de sécurité dans le pays. Le jour de son départ pour Amman, le 24 mars, ainsi que les 28 et 29 mars, le journaliste a été suivi toute la journée par des voitures banalisées. Toujours selon le journaliste, des voisins lui "ont dit avoir été interrogés à [son] sujet" dès le 19 mars. Déjà l'année dernière, le directeur de la Sûreté générale, le général Jamil Al-Sayeed, avait téléphoné au journaliste pour le menacer suite à un article paru dans Al Nahar. Le journaliste y avait critiqué l'incapacité des services de renseignement à prévenir les incidents survenus entre l'armée et des islamistes armés dans le nord du pays[9].

11 avril 2001 Samir Kassir a récupéré son passeport dans les bureaux de la Sûreté générale. Contacté au téléphone par RSF(Reporters Sans Frotières), il a déclaré qu'il demeurait "filé" dans tous ses déplacements par un ou plusieurs véhicules banalisés.

 

Liberté de presse: quelle bonne plaisanterie!

 

La liberté d’expression a toujours été le critère qui mesure l’étendue de la démocratie dans un pays.

Un grand journaliste français a ainsi affirmé la dictature, c’est la censure de l’information et la démocratie, c’est la liberté totale de l’information.

Le 13 janvier 2000, lors d’une rencontre entre le président du syndicat de la presse, Mohammed El-Baalbaki, et le directeur de la Sûreté Générale, le général Jamil al Sayyed, ce dernier déclare que “les journalistes doivent davantage avoir recours à l’autocensure” afin de faire face à l’agression israélienne et aux plans sionistes”.

Alors, existe-il encore des idiots pour croire à la démocratie ?


Joyce Assaf

[1]Michel Chiha – Visage et Présence du Liban – Les Conférences du Cénacle – Beyrouth 1964 No9 et 12 – p. 120 – 121.

[2]www.freemedia.at/archives97/lebanon.htm

[3]il est à noter que cet article a été publié ds L’ORIENT LE JOUR mais il a été censuré ds le Courrier International

[4]www.amnesty-volunteer.org

2. World Press Freedom.

[7]www.cpj.org

[8]www. Idrel.com.lb

[9] http://www.rsf.fr/html/mo/cplp01/lp01/300301.html




©USJ, 2002